Image7.gif (10497 octets)  Le tract à Superflux Image8.gif (3654 octets)

Le plus fidèle compagnon

J’explore le moindre trou à rat, j’erre dans les galeries les plus basses, je parcours les plus infâmes recoins des catacombes et cela dans un but unique : la fête cataphile. Ce soir, Je n’ai aucune idée du lieu où elle se déroule, nul n’a tenu à me le dire, les autres habitants des lieux ne songent pas souvent à m’inviter. Pourtant, je suis certain de la rejoindre, guidé par mon instinct de créature souterraine. Alléché par l’odeur de nourriture grillée, attirée par le grondement sourd des djambé et le souffle guttural des djeredoo. Des tracts traînent le long des galeries mais j’ai choisi de les ignorer. Je préfère pister dans l’ombre et à distance les bruyants participants de cette réunion. La foule qui rejoint la salle des festivités est de plus en plus nombreuse, menée par " carmina burana " comme les rongeurs suivant le joueur de flûte du conte d’enfant.

 

Enfin la salle illuminée par l’éclat de centaines de bougies m’apparaît comme une caverne des mille et une nuit. Moi qui ai l’habitude d’évoluer dans la pénombre ; je suis ébloui par cette carrière dont les moindres recoins sont dévoilés par l’intense clarté. Tout mon corps vibre en harmonie avec la fête. Tout n’est qu’éclat, volute de fumée et odeur alcoolisée. 

 

Peu à peu les bougies se sont éteintes et les cataphiles ont déserté la fête. Je me suis toujours tenu tapi dans un recoin alors que mes congénères me rejoignaient en grand nombre. Nous commençons à former une masse compacte que les derniers fêtards, trop défoncés n’ont pas remarquée. Aucun son ne s’est fait entendre depuis plusieurs minutes lorsque nous passons à l’attaque. Le sol est recouvert de déchets. Notre temps est venu, une pulsion frénétique prend possession de nous pendant que nous nous livrons à l’orgie de détritus. Un bruit nous met tous en alerte, reviennent-ils pour nous enlever notre précieux trésor. Non, il s’agit d’un retardataire endormi à même le sol, un tas de canettes de bière répandu à ses pieds. Je m’approche de lui en silence. La vue de cette masse de viande si vivante, si nourrissante me fait vaincre ma peur.

 

Je suis le premier représentant de ma race à oser m’attaquer à un humain. A voir l’ardeur qu’on mis mes camarades à me suivre, je ne serai sûrement pas le dernier. La pauvre chose ne s’est même pas réveillée quand nous avons commencé à le ronger avec nos incisives. Ce n’est que lorsque nous avons mis à nu sa moelle épinière qu’il a eu un dernier sursaut de conscience. C’était juste avant que je ne lui ôte la vie. Il est alors retombé lourdement parmi ses propres ordures. Ces dernières ne nous intéressent désormais plus, mon peuple de l’ombre a goutté au sang chaud et il ne pourra plus s’en passer. Je suis le plus fidèle compagnon du cataphile. Je suis le rat qui l’a toujours accompagné pour mieux récolter ses déchets. Il ne le sait pas encore, mais je me suis approprié les catacombes de Paris. Dans ce milieu où bientôt je serai roi, de rongeur je suis devenu prédateur.

Superflux

 


 

Dédicace à Benjam, glops, Zanka, vax, dash, gontrand, az, axan, tommy, fêtard, limkha, actarus, néo et les ktagones. n° / 36

Remontez vos ordures. Gaffe aux rats, ce n’est pas toujours ceux qu’on croit ! Tract à superflux n° 9. Posé le /02/2000.