Image7.gif (10497 octets)  Descente en la rue D’enfer   Image8.gif (3654 octets)

Les ténèbres, peu à peu gagnent du terrain. Pouce par pouce elles grignotent des lambeaux de lumières, recouvrant inexorablement de leur manteaux d’ébène les derniers espoirs qu’il me reste. Ma bougie faiblit peu à peu, vacillant un peu plus à chacune de mes inspirations. J’ai beau scruter la galerie devant moi, je ne distingue que le noir absolu. Je n’ai même plus l’ombre du doute, je suis bel et bien perdu. Voilà plusieurs jours que, grisé par le vin, j’ai entrepris de partir à la recherche d’un alcool fort pour y noyer mon chagrin. Le malheur c’est que je ne me suis pas dirigé vers une taverne mais poussé par mon ébriété je me suis jeté dans les catacombes. Qu’ai je donc fait ! j’ai abandonné femme et enfant dans un moment d’égarement pour partir à la recherche d’un trésor chimérique.

 

Mais le plus ironique dans l’histoire c’est que je l’ai trouvé ce trésor et cela par pur hasard. Lorsque j’ai émergé de mon ébriété je me tenais allongé face à lui. Incapable de me souvenir du chemin que j’avais parcouru pour parvenir jusqu'à ce lieu, j’ai pourtant décidé de le cacher soigneusement. Contrairement à la légende il n’y avait pas de quoi remplir une église, seulement quelques objets pieux richement décorés et beaucoup de grimoires. De liqueur point, seule l’idée de vivre toute ma vie hors du besoin motiva la journée que je consacrai à enterrer le trésor. Je l’ai dissimulé dans un lieu où personne n’ira le chercher : Au cœur même d’un mur porteur construit par l’Inspection Des Carrières. J’ai retiré un bloc de pierre, j’ai creusé le remblai derrière le mur puis refermé soigneusement sur mon trésor. Nulle âme sensée ne s’essaiera à détruire un mur soutenant un plafond visiblement instable. J’ai trouvé la un coffre fort inviolable, qui me permettra d’attendre que les choses se tassent un peu en surface. Encore me faudrait il pouvoir ressortir indemne.

 

Et maintenant, depuis que je suis plongé dans les ténèbres, je n’ai pas arrêté de me cogner aux parois. Je crois que j’ai été la victime de la malédiction du chanoine des chartreux. Lapidé par le peuple au lendemain de la mort du roi le 23 janvier 1793, le chanoine a eu le temps de lancer une prophétie avant d’être précipité dans un puits d’extraction. J’entends encore la voix d’outre tombe que la légende a colportée avec les détails les plus horribles :

 

"Ceux qui m’on martyrisé moi et mes frères seront condamnés à errer pour l’éternité dans les ténèbres de dessous terre "

 

Je me rappelle que ce jour la j’avais faim de me défaire de mes chaînes. Depuis longtemps opprimé, j’avais soif de liberté. Ainsi mon jugement a été occulté par la haine, assombrit par la rancœur. Je ne sais plus vraiment si c’est moi ou la foule qui se pressait dans mon dos qui l’a fait basculer, mais une chose est sure ce sont mes yeux que le chanoine fixait quand il fut entraîné dans le gouffre. Et même emporté par les ténèbres, ses yeux de braises m’accusaient dans la mort. J’étais maudis.

 

***

 

A Monsieur Hericart de Thury, Inspecteur Général des Carrières

Je tiens à vous signaler une découverte qui sort de l’ordinaire. A l’intersection de la rue d’Enfer et du boulevard saint Michel, j’ai trouvé des restes humains et une paire de mauvais souliers usée au plus haut point. La présence d’un trousseau de clefs à côté du cadavre laisse à penser qu’il s’agit d’un portier du Val de Grâce du nom de " Philibert Aspairt " dont la légende rapporte la disparition le 3 novembre 1793. En attendant votre décision à ce sujet, je reste, monsieur, votre humble et dévoué serviteur.

Rattase, Ingénieur en chef le 30 avril 1804

Superflux

 

Déd. à Globe, Konogan, Béa, Marion, David, Alain & Nimol, miss Tinguette, Nico et spéciale déd. pour H2O de la part des ktagones .

Remontez vos ordures. Soyez discret en descendant.

Tract à superflux n° 12. Posé le / / 2000. n° / 34