Image7.gif (10497 octets) L'Île des Catacombes Image8.gif (3654 octets)

    De nombreuses fois mes pieds ont foulé le sol des galeries souterraines. A maintes reprises, j’ai parcouru les carrières de banlieue et d’ailleurs. Désormais, il me semble tout connaître des sous-sols interdits. De la plus vaste salle à la galerie la plus basse, j’ai tout parcouru, tout vu, tout vaincu. Chaque descente me semble plus routinière et plus fade que la précédente. Blasé, Je ne ressens plus aucun respect ni aucune crainte vis à vis des carrières.

    Jusqu’à cette nuit où, lors d’une pause à la salle du chandelier, je me suis endormi. Un malaise puissant me saisit au réveil, causé par ce rêve inquiétant qui restait imprimé dans mon souvenir. Je me trouvais abandonné sur une île déserte perdue au milieu de l’océan. Elle était loin de ressembler à une plage de sable fin, s’apparentant plus à un amas chaotique de rocs déchirés par les intempéries. Au pied d’une falaise, une entrée de souterrain gigantesque s’enfonçait dans les profondeurs. Dans mon rêve, je restais planté devant cet accès mais j’étais incapable de faire un pas de plus. Une volonté extérieure à la mienne m’empêchait d’accomplir mon destin de cataphile. Le simple fait que l’on puisse m’interdire de descendre, même en songe, me donnait encore plus l’envie d’y aller. Sorti du rêve, je restais un long moment à méditer au chandelier sans savoir comment l’interpréter.

    Je repris mon chemin, laissant mes pensées voguer bien loin des carrières lorsque tout à coup je tombais nez à nez avec un fontis fraîchement formé. Je m’approchais prudemment du tas de gravats qui montait en pente douce jusqu'à l’ancien niveau du ciel. Au-dessus de son sommet, on devinait une cloche de vide haute d’un demi mètre accessible par une chatière. En rampant, je passais la tête dans cette nasse étroite. A ma grande surprise, je constatais que la galerie se continuait or je ne me rappelais pas être venu ici. A la pensée d’explorer une partie du réseau inconnue je me lançais en avant avec résolution.

    C’est en arrivant de l’autre coté que je commençais à m’inquiéter. Le passage était à nouveau bloqué par un deuxième effondrement situé à 5 mètres de là. L’état du ciel ne laissait planer aucun doute sur l’origine de ce double fontis. De larges fissures parcouraient un plafond irrégulier et craquelé, alors que des pierres gisaient éparses sur le sol. Je décidais d’écouter la voix de la raison et de rebrousser chemin mais il était déjà trop tard. A peine avais-je commencé à rejoindre la chatière, que des plaques de ciel se détachèrent du premier fontis. Le tas commença à trembler puis s’étala dans la galerie tout en m’entraînant en arrière. Lorsque finalement l’effondrement se stabilisa, je réfléchissais à toute vitesse pour me sortir de ce guet-apens. La seule option qui s’offrait à moi était la fuite en avant vers le deuxième fontis. Cette fois ci je pus me faufiler dans le mince interstice entre le tas et le ciel avant que des chocs terribles ne retentissent : la terre semblait se refermer sur moi, emporté par un flot terrible je ne pus que me recroqueviller et attendre la fin du calvaire.

    Je me réveille dans le noir total. Mon acéto éteinte et sans doute perdue sous des tonnes de gravats. Je suis complètement déboussolé, tant au niveau de l’orientation que du temps qui s’est écoulé depuis la catastrophe. L’air, brûlant et saturé de poussières, provoque une quinte de toux qui n’en finit pas. Ma bouche est emplie de fragments de calcaires. Aucun son ne me parvient, je ne recevrais pas d’aide extérieure. C’est en voulant sortir de terre que la douleur fusa de mes jambes de manière fulgurante. Telle une mâchoire de pierre, un bloc de calcaire s’était refermé sur la moitié de mon corps. Ne pouvant réfréner un cri, je m’accrochai désespérément a ce qui m’entourait, mais mes doigts ne rencontraient que du sable.

    Désespéré, j’ai crié jusqu'à l’épuisement, jusqu'à n’émettre qu’un râle étouffé. Impuissant, hagard, je me résigne à ma disparition en carrière au fur et à mesure que la douleur, immense, prend possession de ma raison.

Superflux


Dédicace à Zanka, Globe, Matiphas, Konogan, Virginie, H20, Vax, Dash, Lafouine, Flo & Président, Alain& Nimol, Mickey, Manu, Krevette, Marmotte et les Ktagones. Remontez vos ordures. Soyez discrets en descendant. Tract à Superflux n° 14. Posé le / / 2000. n° / 36